3.10.2 Les toiles d'Amaringo : sur la piste de l'ADN
Et (page 57) : " L'énigme du savoir hallucinatoire pouvait se réduire à une seule question : cette information provenait-elle de l'intérieur du cerveau humain, comme le voulait le point de vue scientifique, ou du monde extérieur des plantes, comme l'affirmaient les Indiens ? "
" D'un côté, la similarité des profils moléculaires des hallucinogènes naturels et de la sérotonine semblait bel et bien indiquer que ces substances agissaient comme des clés ouvrant une même serrure à l'intérieur du cerveau. (…) D'un autre côté (page 58), il me semblait de moins en moins déraisonnable de considérer que l'information concernant le contenu moléculaire des plantes puisse réellement provenir des plantes elles-mêmes, conformément à ce que disaient les ayahuasqueros ".
De l'anthropologue Michaël Harner, (page 61) : " … Devant moi, la magnificence de la création des plantes et des animaux et de la différentiation des espèces - des centaines de millions d'années d'activité - se déroula à une échelle et une vigueur impossible à décrire. J'appris que les créatures ressemblant à des dragons résidaient ainsi à l'intérieur de tous les êtres vivants, y compris l'homme ".
A ce moment du récit, Harner renvoie le lecteur par un astérisque à une courte note au bas de la page (qui, étrangement, ne paraît pas dans la traduction française) : " Rétrospectivement, on pourrait dire qu'elles étaient presque comme l'ADN, excepté qu'à l'époque, en 1961, je ne savais rien au sujet de l'ADN ".
Je marquai une pause. Je n'avais pas fait attention à cette note lors de ma précédente lecture. Il y a effectivement de l'ADN à l'intérieur du cerveau humain, ainsi que dans le monde extèrieur des plantes, puisque la molécule de la vie, qui contient l'information génétique, est la même pour toutes les espèces. L'ADN pouvait donc être considéré comme une source d'information à la fois externe et interne. (…)
Je me replongeai dans le texte de Harner, mais je ne trouvai plus aucune mention d'ADN. Par contre, quelques pages plus loin, l'anthropologue note, en passant, que " dragon " et " serpent " sont synonymes. Ce qui me fit penser que la double hélice de l'ADN ressemblait, par sa forme, à deux serpents entrelacés ".
Et (page 74) : " Une autre manière de tester cette idée serait de boire de l'ayahuasca et d'observer ces images microscopi-ques … Soliloquant de la sorte, il me vint à l'esprit que je pouvais déjà entamer l'expérience en examinant le livre de peintures de Pablo Amaringo, l'ayahuasquero péruvien à la mémoire photographique. Le livre en question s'intitule Ayahuasca visions, par Luis Eduardo Luna et Pablo Amaringo. L'anthropologue Luna fournit une mine d'informations sur le chama-nisme amazonien, établissant ainsi le contexte pour une quarantaine de toiles d'Amaringo, toutes plus belles les unes que les autres. Lorsque j'avais regardé ces peintures pour la première fois, j'avais été frappé par leur ressemblance avec ce que j'avais vu lorsque j'avais bu de l'ayahuasca. Et (page 75) : " Amaringo affirme : " Je ne peins que ce que j'ai vu et ce que j'ai vécu par expérience. Je ne copie ni ne prends des idées pour mes peintures dans d'autres livres ". Luna dit : " J'ai montré les toiles de Pablo à plusieurs vegetalistas, et ils ont réagi avec un intérêt et un étonnement immédiats - certains ont commenté à quel point leurs propres visions ressemblaient à celles dépeintes par Pablo, et certains reconnaissent même des éléments précis qu'elles contiennent ".
En ouvrant le livre, je trouvai à ma stupéfaction des escaliers en zigzag, des lianes entrelacées, des serpents torsadés, et surtout cachées le plus souvent dans les marges, des doubles hélices ! Quelques semaines plus tard, j'allais montrer ces peintures à un ami qui possède de bonnes connaissance en biologie moléculaire. Il réagit de la même façon que les vegetalistas à qui Luna les avaient montrées : " Tiens, voilà du collagène … Et là, le réseau embryonnaire de l'axone avec ses névrites … Ca, ce sont des triples hélices … Voilà l'ADN vu de loin ressemblant à un cordon de téléphone … Ici, on dirait des chromosomes à un stade spécifique … Voilà la forme étalée de l'ADN, et juste à côté des bobines d'ADN avec leur structure en nucléosome ", etc …
Même sans ces précisions, j'étais sous le choc. Je feuilletai avec exitation l'index d'Ayahuasca visions, mais ne trouvai aucune mention ni d'ADN, ni de chromosomes, ni de doubles hélices ". Et (page 76) : " Personne n'avait vu que la double hélice symbolisait depuis des milliers d'années et dans le monde entier le principe vital, ni que les hallucinations regorgeaient d'information génétique. Au contraire, tout avait été interprété à l'envers. On disait que les hallucinations ne pouvaient en aucun cas être source de savoir ".
Et (page 77) : " Les esprits que l'on voit en hallucinant sont des images tridimentionnelles et sonores, et ils parlent un langage fait d'images tridimentionnelles et sonores. Autrement dit, ils sont constitués de leur propre langage, comme l'ADN. (…) Et, comme l'ADN, ils se dédoublent pour communiquer leur information. (…) Ce soir-là, j'eus de la peine à m'endormir ".